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La charge mentale est le travail mental exercé pour anticiper et organiser des tâches. Dans le cadre de la vie familiale, nombreuses sont les femmes à porter la charge morale du travail domestique : prise en charge de la liste de courses, répartition des tâches ménagères, planification des rendez-vous sportifs et médicaux des enfants, …

Cette charge mentale est présente en permanence, y compris sur le lieu de travail, et peut provoquer une surcharge émotionnelle et psychique. Elle peut impacter la santé mentale, et entraîner de la nervosité, de l’irritabilité, voire de l’anxiété et des troubles du sommeil. Ainsi, cette charge de travail supplémentaire à un emploi à plein-temps, peut mener à l’épuisement.

Le mal-être de l’un impacte alors la vie de couple et la vie de famille. Il peut également s’accompagner de stress au travail et augmenter les risque psycho-sociaux jusqu’à se traduire par des maladies professionnelles, telles que le syndrome d’épuisement professionnel (burn-out). Le mental ne peut alors plus répondre aux sollicitations ; les angoisses prennent le dessus.

Vous trouverez sur internet des programmes de gestion du stress, des injonctions au lâcher-prise, et nombres de conseils pour mieux gérer votre quotidien, des méthodes pour apprendre à se relaxer, pour alléger votre charge mentale, pour pratiquer la pleine conscience …

Si toutes ces méthodes ont le mérite de permettre d’évacuer les tensions et restent positives, elles mettent encore une fois l’effort à faire pour s’adapter sur la personne concernée au sein du couple.

Les facteurs de stress ne sont pas traités. Éventuellement, certaines tâches peuvent être déléguées, mais la charge mentale reste.

1/ Comment peut-on définir la charge mentale ?

La charge mentale est l’énergie fournie pour notre activité cognitive concernant les tâches que nous avons à réaliser : cela couvre tout le travail mental pour identifier ce que je dois faire, comment le faire, quand le faire, en combien de temps, pour quand, avec qui et à dérouler concrètement toute cette planification (en réajustant si des aléas viennent s’en mêler).

Bien évidemment, ce travail cognitif est marqué émotionnellement : selon les enjeux par rapport à l’image que j’ai de moi, et ce que je veux montrer, ce qui est prioritaire, ce qui fait sens ou pas pour moi, et selon le contexte (bienveillant ou compétitif) dans lequel je l’effectue, la charge mentale et émotionnelle peut être plus ou moins lourde.

Dans la sphère professionnelle, la charge mentale va concerner les éléments de votre poste et les tâches qui en découlent, mais également les ajustements nécessaires à votre environnement social professionnel. De la compétition entre collègues, un chef exigeant ou dont vous comprenez mal les attentes, et votre charge mentale va augmenter rapidement car, en plus du souci de faire votre travail de façon pertinente et efficace, vous allez avoir le souci de comment il va être perçu (et donc : comment le présenter, à quel moment, …).

La charge mentale parentale et domestique est le travail intellectuel fourni pour organiser, planifier et exécuter la vie quotidienne de la famille. Il pèse majoritairement sur une seule personne au sein du couple ou dans la vie familiale, traditionnellement sur les femmes. Ce travail intellectuel va couvrir :

  • les tâches ménagères :, les courses/la cuisine et l’entretien des biens communs (logements, voiture, …) :  faire le ménage, passer le balai, l’aspirateur, la serpillière, faire la vaisselle ou remplir et vider le lave-vaisselle, faire les lessives de linge et le repassage linge, sortir les poubelles, éventuellement gérer l’intervention d’une femme de ménage et toutes autres corvées (jardinage, bricolage, suivi technique des véhicules …)
  • et les tâches parentales : surveillance ou réalisation soins d’hygiène, nourrissage, devoirs, prévision/planification des soins médicaux, des activités scolaires et extra-scolaires
  • les tâches administratives : paiement loyers/emprunt, impôts, fournisseurs divers, …
  • les tâches sociales : entretien des relations famille et amis, invitations, préparation, …
  • les tâches liées à la sexualité : le choix et le suivi d’une contraception, avec le traitement des effets secondaires éventuels, l’entretien du désir dans le couple (la sexualité et tous ses déboires) et tous ses à-côtés (épilation, poids, tenues, disponibilité…)

Il n’y a pas de séparation entre la charge mentale professionnelle et la charge mentale personnelle. C’est un continuum de tâches à détailler, organiser et planifier par la pensée.

2/ La charge mentale des femmes et celle des hommes

Pour des raisons historiques et de modalités de construction de la société française, les représentations sociales sur les hommes et les femmes dans le couple traditionnel restent très présentes.

Concrètement, cela signifie que nous recevons de notre entourage des injonctions à nous conformer à cette image classique : « l’homme au travail/la femme à la maison », encore maintenant, et malgré tous les progrès qui ont été faits pour intégrer des modes de « faire couple » différents.

Ces représentations sociales évoluent très lentement car il y a un enjeu pour la société à se préserver et se perpétuer.

De façon genrée, la société attend des hommes qu’ils soient performants au travail et qu’ils rapportent des revenus stables. Cette pression est en fait une injonction à assurer la dignité de leur famille.

La société attend des femmes :

  • qu’elles soient de bonnes épouses et femmes d’intérieur (entretien du patrimoine commun);
  • qu’elles soient de bonnes mères, présentes auprès de leurs enfants et qu’elles assurent les relations sociales internes et externes à la famille ;
  • et au travail : leurs performances sont mises en comparaison/compétition avec celles des hommes.

De manière traditionnelle, la vie quotidienne des femmes est donc marquée par une charge morale liée à l’organisation familiale. Cette charge impacte leur vie professionnelle à tel point que 80% des postes à temps-partiel sont occupés par des femmes (Données INSEE).

Passer d’un emploi du temps surchargé par une activité professionnelle en journée puis s’occuper des tâches ménagères et parentales en soirée est la routine d’un grand nombre de femmes.

Ainsi, les femmes reçoivent en trois « lieux » de leur identité, une pression importante de la part de la société.

La charge mentale que chacun va porter n’est pas problématique tant qu’elle est en rapport avec la capacité psychique et physique de chacun.

Mais quand les femmes gèrent une carrière équivalente à celle de leur conjoint, en plus de la maison et de enfants, l’équilibre est plus difficile à trouver.

Lorsque la quantité de charge mentale déborde les capacités, les pensées s’emballent puis le corps, mobilise les ressources nécessaires pour faire face, et, si la situation dure trop longtemps, s’épuise. C’est le mécanisme même du burn out.

Pour les hommes, la charge mentale peut être grande. Elle reste cependant centrée sur un seul enjeu : leur capacité à assurer son rôle de protecteur de la famille.

Pour les femmes, quand la charge mentale les déborde, leurs enjeux sont multiples et parfois contradictoires. Non seulement, l’un « lieux d’identité » est en pression, et de façon supplémentaire, il va venir contaminer les autres « lieux » : quand je me sens débordée au travail, j’ai l’impression d’être en retard sur tout et je me mets la pression à exécuter rapidement les tâches domestiques et parentales. Non seulement je ne me sens pas une bonne professionnelle, et je me sens une mère ou une épouse pas attentive, pas présente, …

Ces mécanismes expliquent que l’on parle plus souvent de la charge mentale des femmes. Concrètement, les femmes ont plus d’enjeux sociaux et identitaires que les hommes à gérer les multiples tâches du quotidien.

D’ailleurs, à l’échelle française, ce constat se traduit dans les statistiques. L’analyse issue du programme de surveillance des maladies à caractère professionnel (MCP) entre 2007 et 2012 montre que les facteurs influençant sur le risque d’être touché par un burn out relèvent :

  • du genre : les femmes sont 2 fois plus susceptibles d’être touchées par un burn out ;
  • de l’âge : le risque augmente avec l’âge ;
  • de la catégorie socio-professionnelle : les cadres sont plus exposés au risque de burn out que les professions intermédiaires et les ouvriers car plus soumis aux risques organisationnels, relationnels et éthiques.

3/ Se libérer de sa charge mentale, pourquoi est-ce si difficile 

a.     Les croyances

Que diriez-vous à votre meilleure amie si elle vous racontait ce que, vous, vous êtes en train de dire, à savoir : « je suis fatiguée, je dors mal, j’ai une surcharge de travail qui dure depuis des mois, tout m’ennuie, m’indiffère ou m’irrite, je fais tout en mode automatique, même les vacances ne m’ont pas reposées… » ?

Très certainement pas « hardi, petit !  Ça va passer, botte-toi le c… !».

Plutôt quelque chose comme : « tu as vu un médecin ? Si tu veux je te passe le numéro du mien, il m’a trop bien aidé… », non ?

Qu’est-ce qui fait que vous proposez des solutions si radicalement différentes à deux êtres humains qui présentent les mêmes souffrances ?

  • A l’une : de l’empathie, du soutien, une proposition de repos, des adresses de pro pour aider, …)
  • A l’autre, celui que vous vous infligez : la non prise en compte des signes de détresse physiques et psychiques, le refus de demander de l’aide ou même d’en parler à son partenaire, voire le renforcement des efforts pour compenser le sentiment d’inefficacité

Le regard que vous portez sur eux.

Autant votre amie est un être merveilleux, intelligent et qui a droit à toute votre attention, autant « je » est une personne qui doit « faire des efforts », « faire plaisir » pour avoir droit à de l’attention et de l’amour.

Vous portez en vous la croyance que vous aurez le droit à de la reconnaissance, de l’amour, de l’attention quand vous aurez fait tout ce que l’on attend de vous, quelle que soit la façon dont vous vous formulez cette croyance.

Tout au long de notre vie, nous formons des croyances sur nous, sur les autres, sur le monde qui nous entoure.

Les croyances sont un processus mental expérimenté par une personne qui adhère à une hypothèse qu’elle considère comme la vérité, indépendamment des faits (par exemple : « les hommes sont de grands enfants »).

Le rôle des croyances est de simplifier un monde complexe, pour permettre une décision dans les conduites à tenir (« L’argent ne se trouve pas sous les sabots d’un cheval » : il faut travailler dur si on veut vivre bien). Et ces croyances sont d’autant plus actives chez nous que les facteurs contraignants sont importants et nombreux.

Les croyances sont formées par transmission ou suite à un évènement particulier.

Je vois ma mère se dévouer pour toute la famille, j’acquiers la croyance que pour être aimée, il faut que je fasse comme elle. Je me comporte ensuite de façon à « coller » à cette croyance (j’évite ou j’oublie toutes les situations où cette croyance est fausse), et je ressens, quand je me comporte conformément à cette croyance, que les autres m’aiment mieux. Le cercle croyance, émotion, comportement, évènement se renforce logiquement.

La face cachée de ces croyances est qu’elles nous empêchent d’accéder à nos propres besoins et à la réalité.

Les femmes sont plus souvent victimes de croyance qui les poussent à mettre de côté leurs besoins et à tourner leur attention vers les autres. C’est la place qui leur est assignée, et celle qui leur est transmise par la parole et les comportements de leur environnement parental et éducatif : prendre soin des enfants, s’occuper du bien-être des personnes de la maison, en premier lieu le compagnon, le mari, satisfaire à des critères de bon accueil (rangement et propreté de la maison, bonne éducation des enfants).

b.     Traiter la charge mentale à la racine

Pour en revenir à la charge mentale : au-delà d’une revendication féministe, trouver une meilleure répartition des tâches domestiques et parentales est une question d’équité entre hommes et femmes. Il en va de la santé psychique et physique de ces femmes qui s’investissent sur tous les fronts.

Une jeune femme me confiait que, lorsqu’elle avait rencontré son compagnon, elle était très investie dans son travail, et qu’elle était une maniaque du ménage (selon ses propres mots).

A l’arrivée de leur premier enfant, elle a vite été dépassée. Et…. Elle s’est mise à développer une énorme colère contre son mari, colère qu’elle n’arrivait pas à exprimer.


Quand enfin, réunis avec un tiers bienveillant, elle a pu dire : « je te déteste, tu m’obliges à faire le ménage et à être parfaite avec le bébé ! ».


Grande surprise pour elle : sa réponse à lui a été : « j’apprécie quand tu as fait le ménage à fond, c’est tellement agréable. En même temps, si ça n’est pas comme ça tous les jours, ça me va. Ça n’a rien d’important pour moi si la maison n’est pas impeccable chaque jour, nous n’avons pas à vivre dans une maison de magazine, surtout si cela te coûte ta santé et ta joie de vivre. »


Ce premier échange a permis de mettre le doigt sur la façon dont elle se percevait, sur ce qu’elle CROYAIT qu’elle se devait d’être : une mère, une épouse, une femme d’intérieur et une professionnelle parfaite.


Cette découverte n’a été que le début d’une évolution pour elle, pour lui de saisir ce qu’est réellement la double journée de la femme, d’une réorganisation de leur relation, de leur vie de couple (et de la répartition des tâches ménagères et parentales).

c.     Libérée, délivrée… à quoi s’attendre ?

Si je propose de traiter la charge mentale par la thérapie de couple, c’est parce que j’ai la conviction que le couple n’est pas tenu, à l’intérieur de sa maison, d’être en conformité avec les attentes de la société. Il peut rediscuter de ce qu’est leur projet de vie commune en y mettant de la conscience.

Si le couple fonctionne de façon traditionnelle et que la femme a un travail équivalent à celui de son partenaire, si l’organisation actuelle a amené l’un des deux partenaires à être en souffrance, c’est que la charge n’est objectivement pas équitable entre les partenaires. Il est légitime de demander à revoir le « contrat de couple ».

Il ne s’agit pas là de « demander » aux hommes de « donner un coup de main ». Il s’agit de trouver, dans un compromis qui tient compte des intérêts et compétences de chacun, une répartition des tâches qui intègre la prise de responsabilité de celles-ci. La prise de responsabilité des tâches domestiques implique le fait de penser le travail domestique, de le planifier et de l’effectuer, rééquilibrant ainsi la charge mentale et la charge émotionnelle entre hommes et femmes.

Dans les couples, lorsque cette discussion sur la répartition des tâches ménagères a lieu de façon ouverte et approfondie, elle permet aux pères de comprendre matériellement le temps consacré par leurs femmes à ces tâches. Ils comprennent alors à quel point leur compagne est en surcharge mentale et qu’il ne s’agit plus de se voir déléguer et d’effectuer des tâches ménagères : il s’agit de prévoir, dans un emploi du temps contraint par les activités professionnelles, toute la charge de travail liée à la maternité/paternité, en plus de celle liée au logement.

Sans aller jusqu’à être tenté par l’aventure d’homme au foyer, certains choisissent d’alléger la charge de travail de leur compagne en diminuant ou réorganisant leur activité professionnelle pour être plus présent, par exemple à l’arrivée d’un enfant. Ils font ce choix quand ils touchent du doigt la question égalitaire entre les sexes et qu’ils conçoivent que s’occuper des enfants n’est pas une tâche dégradante, bien au contraire, et qu’elle peut même avoir son lot de satisfactions.

Ces hommes appréhendent également comment la charge mentale de leur compagne, ou la leur s’ils basculent les rôles de façon radicale, peut venir impacter le désir et la sexualité

4/ Quand doit-on consulter ? 

La réponse peut difficilement être générique.

Certaines personnes iront chercher de l’aide dès qu’elles sentent qu’elles ne sont plus en accord avec ce qui se passe dans leur vie. Elles vont vouloir comprendre pourquoi entre les efforts qu’elles font pour aller vers ce qu’elles veulent et ce qu’elles obtiennent il y a autant de décalage. C’est une façon de faire qui permet de rester maître de son destin en tout temps, et qui demande une grande conscience de ses responsabilités individuelles dans ce qui arrive.

D’autres attendront d’avoir dépassé toutes les limites, d’avoir atteint un état d’épuisement, pour prendre le problème à bras le corps. Si c’est une façon de faire respectable (les personnes qui font ce choix pensent ne pas avoir les ressources de faire autrement, ont la croyance que c’est normal pour elles de vivre cela, qu’elles le méritent), elle a un coût relationnel, physique, psychique, et souvent financier, non négligeable. Le coût de l’atteinte de la santé mentale, d’un burn out, d’un divorce, d’une dépression, de maux physiques persistants, …

Comme à ma meilleure amie, je dirai : si tu es en souffrance, en état d’épuisement, n’attends pas que cela passe avec le temps : demande de l’aide à des personnes compétentes.

Pour plus d’information sur la thérapie de couple, voir l’article “Comment sauver mon couple avec la thérapie de couple?”

5/ Penser la charge mentale autrement

Pour nourrir votre réflexion, voici quelques auteur(e)s : sociologue, blogueuse, auteure de bande dessinée, et association féministe, qui abordent la charge mentale autrement.

  • En premier lieu : la très célèbre Emma et sa BD, sortie en mai 2017 : « Fallait demander ». Est-ce que c’est pertinent ? En une nuit, ses planches ont été partagées plus de vingt-cinq mille fois sur Facebook, c’est que ça doit parler… Un très bon état des lieux sur ce qu’est la charge mentale et toutes ses déclinaisons.
  • Le travail domestique et parental qui est assumé par de nombreuses femmes reste invisible et non-rémunéré. Pour créer le choc et ouvrir à la discussion, l’association Parents et Féministes met à disposition un outil de facturation pour valoriser ce temps passé à servir la famille.
  • Dans un autre genre, l’application Maydée soutenue par la Région Ile-de-France, qui permet de comparer le temps passé à réaliser les tâches ménagères par chacun des partenaires. Un petit trou dans la raquette : l’établissement de la liste des tâches et la planification ne sont pas prises en compte dans l’appli.
  • Une interview de Eva Illouz, sociologue, qui expose comment les femmes sont en charge de la relation de couple, et comment la liberté et le sentiment d’abondance procuré par les réseaux sociaux vient impacter le désir et la sexualité.
  • Le coup de gueule, sur Facebook, de la blogueuse culinaire Constance Hall qui demande à son compagnon d’assumer les tâches sans « qu’elle ait à demander », pour se sentir moins seule avec l’épuisement et la colère.
  • Pour la question de la charge mentale liée à la sexualité : le blog les éclaireuses font un récapitulatif du marteau (la peur de tomber enceinte, d’être rejetée, d’attraper des maladies) et de l’enclume (le regard de la société, le harcèlement de rue, la valorisation des corps « parfaits ») entre lesquels sont coincés les femmes.
  • Et pour rappel, nous avons, en France, un Ministère de l’égalité hommes-femmes, de la parité et des droits de femmes, et de lutte contre les violences faites aux femmes.